Chausson - Concert pour violon, piano et quatuor à cordes
(LATERRIÈRE) Derrière la musique, même la grande, il y a la vie.
C'est ainsi qu'hier soir, la violoniste Renée-Paule Gauthier avait plusieurs raisons de savourer le programme qu'elle a défendu en compagnie de cinq amis musiciens. Il s'agissait de son premier concert dans sa région un an après que le Conseil des arts du Canada lui eut prêté un Stradivarius. C'était aussi l'anniversaire de son fils et mardi, le petit Aidan a effectué ses premiers pas.
« Tous les concerts sont spéciaux dans mon coeur, mais ce soir, il y a une touche plus personnelle », a confié l'interprète originaire de Jonquière. Devant près de 200 mélomanes rassemblés en l'église Notre-Dame, elle et l'altiste Luc Beauchemin venaient d'exécuter une oeuvre de Mozart, la Sonate pour violon et alto en sol majeur, à l'occasion du Rendez-vous musical de Laterrière.
Tous les yeux étaient rivés sur le Stradivarius, comme on s'en doute. Qu'on le veuille ou non, il est impressionnant de voir se pointer un tel visiteur. Ça fait rêver lorsqu'on pense au fait que les arbres avec lesquels on a construit l'église, pourtant centenaire depuis des lunes, n'étaient même pas sortis de terre lorsque l'instrument a été confectionné en 1700.
Renée-Paule Gauthier a vite ramené les choses dans leur juste perspective, toutefois, en attaquant le Mozart avec quelque chose qui ressemblait à de la gourmandise. Manifestement heureuse de jouer devant son monde, comme le laissait entrevoir le léger sourire qui barrait son visage, elle a montré pourquoi on lui avait prêté un instrument aussi rare.
Toutes les nuances que commandait la sonate, ses variations les plus fines, ont été négociées sans coup férir. Bien appuyée par Luc Beauchemin, en particulier dans le deuxième mouvement, l'Adagio, la violoniste a témoigné de sa musicalité, de sa sensibilité à l'archet. C'est d'autant plus impressionnant qu'une blessure au poignet subie en février lui avait imposé une longue réhabilitation.
La force de l'exemple
Renée-Paule Gauthier avait une autre raison de se réjouir, hier soir. En tant que directrice musicale du festival, un événement qu'elle a fait revivre il y a cinq ans, elle avait invité ceux qui l'ont incitée à assumer cette mission : la violoniste Élise Lavoie et le violoncelliste James Darling.
Depuis dix ans, ceux-ci assurent la bonne marche des Concerts aux Îles du Bic, une série à laquelle la Saguenéenne venait de participer lorsque l'idée lui est venue de suivre leur exemple. « J'y ai vécu une expérience musicale incroyable. Elle m'a profondément marquée «, a souligné Renée-Paule Gauthier avant de laisser ses camarades interpréter une oeuvre de Ravel.
Plus contrastée que le Mozart, la Sonate pour violon et violoncelle a permis d'apprécier la complicité du duo, en particulier dans les moments où on n'entendait que des filets de notes. Cette composition comporte également des accents modernes, voisins du jazz, qui ont été bien exprimés.
C'est toutefois le troisième mouvement, le Lent, qui fut le plus touchant en raison de sa gravité. D'abord suggérée par le violoncelle, celle-ci a été relayée par le violon qui a tricoté une trame à la fois belle et triste céleste, en définitive - qui faisait penser à l'Adagio de Barber.
Le menu était déjà copieux lorsque le groupe, appuyé cette fois par le pianiste David Jalbert et le violoniste Hugues Laforte-Bouchard, s'est engagé dans le Concert pour violon, piano et quatuor à cordes de Chausson. Cette oeuvre méconnue, aussi changeante, aussi tourmentée que les conditions climatiques en montagne a donné lieu à un beau travail d'équipe.
« C'est une musique post-romantique d'une grande intensité. Il y a beaucoup de notes «, a relevé David Jalbert avec humour. Lui et ses amis ont relevé le défi avec aplomb, alternant les moments intenses, voire dramatiques, avec les plages plus introspectives, sans jamais perdre le fil de cette étrange courtepointe.
Si la chose vous intéresse, sachez qu'une version livrée par les mêmes musiciens, au Bic, sera diffusée aujourd'hui à 20 h, à la deuxième chaîne de la radio de Radio-Canada. Quant au Rendez-vous musical de Laterrière, il reprendra vie vendredi, aussi à 20 h, à l'occasion du passage de la soprano Manon Feubel et de la pianiste Esther Gonthier.
Daniel Côté - Le Quotidien
(Aug 18, 2011)




